Au petit bonheur du souk
- 13 sept. 2017
- 3 min de lecture
Mon premier écrit dans mon carnet de voyage perso, c'était le souk. Mon endroit préféré à Jérusalem. Ma balade la plus enthousiasmante, la plus vivante, la plus vibrante.
Mes balades s'inventent labyrinthe. Mes rues sont identiques: un assemblage de pierres claires salies par les passages. Une trainée de pierres aux mille aspérités mais polies par le nombre de pieds qui l'ont foulé. Les pierres sont si polies que j'ai failli me retrouver à plusieurs reprises face contre terre, ou fesses contre terre ( et puis comme j'ai une coupe de cheveux en forme de -, ca revient au même). Ce qui rajoute de la difficulté à l'exercice du "je ne veux pas glisser", c'est le dénivelé. Jérusalem est planté sur des collines. Certaines rues sont des escaliers. Mais pour permettre le passage des tracteurs et camions (qui est assez fréquent), il y a des morceaux d'escaliers... qui sont des toboggans. Ils le font exprès ce n'est pas possible !
Les rues du souk sont bien heureusement plates. Pas de toboggan, ni de marches. Elles sont couvertes, sombres, étroites. On se croirait dans les couloirs d'une maison. Du plafond pendent draps, tentures colorées, tenues brodées. Sur les panneaux de velours sont exhibés boucles d'oreilles, colliers, bracelets. Dans telle échoppe des chapelets de bois et des icônes sont accrochés. Dans telle autre il y a des rangées de plateaux en céramiques, de dessous de plat, de bols (et de bolinettes, c'est un petit bol) . Ici, des écharpes de soie ou cashemire empilées sur les étagères. Le moindre espace vide est comblé, le moindre trou est rempli de bibelots ou bijoux à vendre. Impression générale d'abondance.
J'aime le Souk des Parfums. On y entre comme dans une maison dans laquelle on est invité à dîner: en humant l'air. L'odeur des épices embaume la rue comme un parfum d'ambiance. Un mélange épicé qui explose et affole mon odorat peu éduqué. D'autant plus que l'atmosphère confinée de la rue couverte rend plus dense le parfum. Dans des magasins qui souvent font la taille de mouchoir de poche, des étalages d'épices se confrontent. Une symbiose de couleurs et de fragrance. Zlatar, curry, origan (le correcteur automatique me propose Korrigan, vive la Bretagne), cumin... Dans le mélange des odeurs, je vois les mains de la mère qui enfourne le plat. Dans la chaleureuse atmosphère de l'épice orientale, je vois le moment béni ou la famille se retrouve autour de la table, pour partager un repas fumant.
Il y a de la poésie dans ces rues identiques, dans ce dédale de pierres mal ajustées, dans ce foisonnement de couleurs, de formes, d'objets. Il y a de la poésie dans cette atmosphère si vivante, si vibrante du souk. Les marchands s'interpellent d'une rue à l'autre, viennent s'emprunter des shekels, se font des blagues. Ils sont les rois, et les rues sont leur royaume. Trônant sur leurs chaises devant leur magasin, ils accostent les passants.

Ils n'ont rien d'autre à faire. "Welcome" "Can I show you something?" "Excuse me, come into my shop". On peu se sentir un peu agressé d'être la touriste qui traverse le territoire des locaux. Leur jeu préféré, c'est le "Where are you from?". J'étais été surprise d'être interpellée par un "française?". Qu'est-ce qui dans ma démarche, mon visage, mon look, mon regard peu bien leur dire que je suis française? Bon on m'a aussi sorti "Chinese" . Et là c'était beaucoup moins charmant comme moment. Mais alors beaucoup moins. Ceux là ne sont pas devenus mes potes, c'est la vie. Non, mais sérieusement, est-ce que j'ai l'air d'une chinoise?
C'est une question rhétorique. Qui n'appelle pas de réponse. Et qui s'en passera fortement. En vous remerciant de votre silence sur le bridage de mes yeux,
Bien à vous,
Une non-chinoise
































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