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Une terre, deux peuples

  • 26 août 2017
  • 4 min de lecture

Il y a les palestiniens et il y a les israéliens.

Chrétiens, musulmans. Et juifs.

Pas besoin de faire bac + 5 pour voir qu'ils se regardent en chien de faïence. Pas besoin d'être un intellectuel pour être témoin d'une violence des regards. Une violence des attitudes. L'autre jour, je me promenais dans la vieille ville avec ma sœur, et nous sommes tombées sur un mariage juif. Top ! Joyeux, surprenant, traditionnel. Jusqu'à ce que l'on aperçoive, cet homme, au coin de la place. Chemise blanche, pantalon noir, kippa. Il parlait à sa femme à voix basse, en regardant du coin de l'œil un groupe de jeunes qui ne faisait pas partie du mariage.

Il avait un pistolet.

La gâchette, bien visible, était tenue à sa ceinture. Un "warning". Un signe de puissance que son regard sombre appuyait.

D'Israël, je ne connais pas grand chose. Les grandes lignes: la déclaration de Balfour en 1917, première étape de la création d'Israël. Le sionisme. La déclaration d'Israël en 1948.

De la Palestine, je ne connais pas grand chose non plus. La ligne verte en 1949 qui délimite l'Etat d'Israël face à ses pays arabes voisins. La guerre des six jours en 1967, durant laquelle Israël gagne des territoires face aux pays arabes. Dont Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Les accords d'Oslo : un plan par étape ne vue de l'émergence d'un état palestinien. A l'issue des accords d'Oslo, la Cisjordanie est occupée en trois zones.

- La zone A, sous autorité palestinienne civile et militaire pour 18% du territoire.

- La zone B, sous contrôle palestinien, et dont la sécurité est maintenue par Israël pour 21% du territoire.

- La zone C, sous contrôle intégral d'Israël. Faites le calcul, il reste 61% du territoire.

Des dates, de l'histoire, des faits. C'est l'histoire d'un peuple qui gagne du terrain, face à un autre qui en perd. L'histoire d'un peuple qui gagne une liberté quand celle de l'autre disparaît. Problème de balance. Deux peuples pour une terre. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre n'est-ce pas? Des faits, mais qui disent si peu de la réalité quotidienne. Tant de blessures et de plaies béantes cristallisées dans le simple port de ce pistolet.

Les israéliens ont droit d'en posséder. Il y a ceux qui sont des colons sionistes et en portent pour se protéger des fréquentes attaques au couteau. Au couteau oui car le droit au port d'arme n'appartient pas aux arabes. Il y a aussi ceux qui portent des armes parce qu'ils sont gardés du corps pour protéger les israéliens. L'homme de ce soir là n'est pas un cas isolé et unique. Des fusils à l'épaule, des pistolets dans la ceinture, c'est courant. Une arme qui dit la peur d'un peuple. Une arme qui dit le regard sur les palestiniens: toi l'assassin. Une arme qui humilie.

Les premiers n'entrent pas dans la vieille ville de Jérusalem, ou alors d'un pas rapide. Parce qu'ils ont peur. Les infrastructures publiques telles que la poste, ont reçu l'ordre de ne pas entrer dans la vieille ville. Par sécurité. Car les seconds sont des assassins.

Les seconds n'ont pas d'Etat. La Palestine? Elle n'existe pas. On dit "territoires palestiniens". Pour parler de ces terres qui se rétrécissent comme peau de chagrin à mesure que des colons israéliens s'implantent. 131 colonies, 386 000 colons, en plus de Jérusalem-Est. On dit "territoires palestiniens" pour parler de ces terres au-delà d'un mur. Comment peut-on faire la louange de la chute du mur de Berlin, lorsque des milliers de kilomètres plus loin, des années après, on lui construit un jumeau? Logique s'il vous plaît?

Certains arabes peuvent obtenir un passeport israélien, une carte d'identité ou une carte de résident. Société complexe. Les conditions généalogiques, je ne les connais pas assez, ce n'est pas un exposé de toutes manières. Mais ceux qui ne remplissent pas ces conditions filiales et qui résident en Cisjordanie (une région des territoires palestiniens) n'ont même pas d'identité reconnue. L'Autorité palestinienne en délivre certes. Mais reconnue ni à l'International, ni en Israël. Alors, ils n'ont pas le droit de conduire une voiture en Israël. Pas reconnu. Ils n'ont pas le droit d'aller en Israël. Pas reconnu. Certains peuvent, pour leur travail, pour des fêtes spéciales, ou si une autorisation leur est fournie par l'Eglise. Les musulmans, c'est plus compliqué.

Les premiers prennent 18 mois de prison quand ils achèvent un palestinien à coup de pistolet , désarmé et tenu par la police. Et un israélien qui attaque un autre israélien (en pensant qu'il était palestinien ) mais ne le tue pas, c'est 11 ans de prison. La vie d'un homme contre 18 mois. Une vie palestinienne. Les blessures d'un autre contre 11 ans. Des blessures israéliennes. Irréaliste. La balance est déréglée. De quelle justice parle t-on?

D'Israël, et de la Palestine je vous l'ai dit, je ne connais pas grand chose. En vingt jours, c'est la matière première qui apparaît. C'est un pays qu'il faut apprivoiser, j'en suis encore à la première couche, à la superficie. Et j'en suis choquée. Estomaquée. Révoltée. Je ne suis personne pour juger, pour me lever ou pour protester. Je ne peux pointer personne du doigt, je ne peux ni ne veux donner de leçon à personne. Parce que je n'en sais tout bonnement rien. Et puis je ne suis pas Dieu. J'aimerais faire un plaidoyer, oui. Non pas plaider contre, mais plaider pour. Un plaidoyer pour la justice. Un plaidoyer pour la dignité. Un plaidoyer pour l'harmonie. Mais j'en suis incapable. Que représente ma voix dans un monde qui m'échappe ?

Alors plutôt que de protester, je témoigne. Je vous dis ce que je vois, ce que j'entends, ce que je comprends. Je vous prends en photo ce mur, ce pistolet à la ceinture, ces soldats qui sillonnent les rues. Je vous dis, ce check-point au mur de Bethleem, et cette musulmane forcée de sortir du bus parce qu'elle n'a pas le passeport. Ces hommes terrifiés des deux côtés, haineux des deux côtés. Car à chacun d'eux on apprend que l'autre est mauvais. A chacun d'eux on dit: "prends garde, c'est un assassin." Je vous dis ma surprise, ma colère aussi. Ma soif de justice pour un peuple qui n'est même pas mien. La guerre. Oui, la guerre.

Qu'on ne me parle pas de justice. Qu'on ne me parle pas de mesure. Qu'on ne me parle pas de balance.

Il y a des israéliens. Il y a des palestiniens. Et entre les deux, un mur.

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