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Je vous déclare mari et femme

  • 15 août 2017
  • 8 min de lecture

Ça écrit un post par semaine et ça se dit journaliste. Je vous vois bien venir... Pardonnez mon manque de régularité, quelqu'un de super intelligent a coupé le câble wifi (oui oui, il y a des gens qui coupent des câbles comme ça ) de mon logement. Je me vois donc obligée de squatter la wifi du bureau pour vous donner les news !

Elles sont bonnes. (les news) Très très bonnes. Découvertes incroyables. Moments fous.

Coup de coeur de mon week-end : un mariage orthodoxe palestinien !

Mais qu'est-ce qu'elle faisait à un mariage ? C'est la question que je me suis posé toute la journée: "mais qu'est-ce que je fais là?". Je me marrais même toute seule tant c'était irréaliste. Bref.

Commençons par le commencement: vendredi, une amie me contacte sur Facebook. (Jusque là, pas très passionnant, prenez-donc votre mal en patience) "Il y a le mariage du frère de mon meilleur ami à Bethléem, tu veux que je lui demande si tu peux t'y rendre? ". Mon sang n'a fait qu'un tour : OUI !

Et puisque nous sommes en Palestine et que le Palestinian way of life c'est l'accueil, l'ami en question a tout de suite accepté. -Oui alors là, les français se disent "Doux Jésus!". Parce que jamais on inviterait un arabe qu'on ne connait ni d'Eve ni d'Adam à un de nos mariages de cathos, n'est-ce pas? - Toujours est-il que j'étais la bienvenue. Dimanche arrive. En une succession de situations absurdes.

11h. Situation absurde n°1

Chez le coiffeur de Bethléem. Suad, une des tantes, francophone, est censée m'y retrouver. Pour les mariages ici, les femmes sont tirées à quatre épingles. Mais alors pas du tout les même quatre épingles que celles que nous connaissons. A savoir, les grands chapeaux, les robes élégantes, les boucle d'oreilles raffinées, le maquillage discret. Les mariages cathos quoi.

Ici, les quatre épingles en question, c'est : robes moulantes, décolletés, certaines longues, d'autres très courtes, maquillage travaillé . Et toutes, mais alors toutes sans exception, de 5 à 90 ans passent chez le coiffeur pour des chignons ondulés, des boucles, ou des lissages...! On verrait un de ces spécimens dans un de nos mariages: Offusquement général!

14h. Situation absurde n°2

Je suis chez les T. (La famille du marié). Amira, la sœur devenue mon amie, est partie chez le coiffeur. Pendant ce temps, j'attends dans leur maison, seule, à bouquiner. Et là; défilé familial. Tour à tour, les tantes, oncles, parents et neveux arrivent dans la maison (qu'apparemment ils ne ferment pas à clef). Ils s'installent au fur et à mesure dans le salon ou je bouquinais dans ma forteresse de solitude solitaire. Entourée de 20 étrangers qui ne savent pas pourquoi je suis là, ni qui je suis, ni quelle langue je parle, je me sens bien plus seule qu'avec mon livre ! L'arrivée de Suad, la tante qui parle français, me sauve la vie! Ce n'est pas un mythe; les palestiniens ont le cœur accueillant. Ils ne savent pas qui je suis, ce que je fais là; mais tous m'accueillent avec de grands sourires.

15h. Situation absurde n°3

Un "Yallah" fuse. "Allons-y" me traduit Suad. La famille au complet se dirige vers un minibus qui nous attend dehors. Direction Jérusalem ou la mariée habite. La tradition palestinienne (pour les mariages catholiques aussi), est d'aller chercher l'épouse chez elle à grand renfort de chants et de danse (dabke). Nous passons le checkpoint Israëlien. Des soldats montent dans le bus et vérifient les permissions. Les palestiniens résidant côté ouest n'ont le droit de traverser le mur que pour les fêtes ou s'ils ont un permis de travail.

15h30. Situation absurde n°4

Jérusalem, New Gate (c'est Porte neuve en français, mais même les français ne le disent pas). Le cortège joyeux tourne à gauche à la porte, et entre dans le couvent Saint Sauveur. "Mais c'est chez moi !" Je m'écrie. Ben oui les gars, fallait me dire qu'on allait passer dans le couvent de mon bureau, puis dans la rue de mon logement, je ne me serais pas levée si tôt !Le couvent traversé, nous arrivons St Francis Street. Ma rue. C'était bien la peine de faire le trajet jusqu'à Bethléem ce matin. Deux maisons avant la mienne, nous rentrons dans la cour.

Une fanfare palestinienne en habit traditionnel nous suit en chantant et jouant de la musique. C'est empli de joie ! La famille de la mariée nous accueille dans leur maison; toujours en dansant. C'est au tour des hommes de poursuivre le rite : le père du marié demande la permission d'emmener la jeune fille. "Ta fille, maintenant est aussi notre fille." Puis, au bras de son père -et ici aussi de son grand-père-, elle prend la route de Bethléem. Sa famille est catholique, mais on choisit toujours la religion de l'époux pour célébrer le mariage. Lui, est orthodoxe.

Dans la maison de la mariée

Vers Jérusalem au bras de son père

Fanfare traditionnelle

16h30. Situation plus si absurde que ça ( on s'y fait à la chaleur des palestiniens)

Les familles se retrouvent à l'église de la Nativité. La fanfare joue toujours. Les noces ne sont pas encore célébrées, mais rien n'empêche de faire la fête. Alors on danse.

Entrée dans l'église en grande pompe. L'église est tout de kitch décorée (de mes yeux d'occidentale en tout cas). Devant, le prêtre qui chante. Derrière, l'épouse au bras de son mari. Suivis d'un cortège tout mimi. (ça , c'est universel pour le coup).

17h. Orthodoxes.

La célébration commence. Je ne comprends rien. Ben oui, en arabe je sais dire "Bonjour", "Merci", "Comment ça va?" "ça va bien". C'est à peu près tout. Et ce n'est pas trop le délire, dans le rite de dire "Bonjour", "Merci", "Comment ça va?" "ça va bien"... En terme de langue, je suis donc larguée, mais je peux tout de même vous témoigner de ce que j'ai vu. Les prêtres chantent. Puis, celui qui célèbre pose un livre (la Bible j'imagine), sur le front du marié, puis sur le front de la mariée. Après, il pose une couronne de fleurs blanches sur la tête de chacun d'eux. Les couronnes sont reliées par un ruban. Et le témoin du marié échange les couronnes de tête à plusieurs reprises pendant que le prêtre parle. Le point final, ce sont les premiers pas que les époux font en tant qu'époux: les couronnes toujours vissées sur le crâne, ils marchent autour de l'autel, avec leurs témoins et leurs parents. -Petite anecdote culturelle: ne croisez jamais les jambes dans une église orthodoxe. Le prêtre qui me l'a vivement reproché m'a pris pour une sataniste (j'extrapole, mais bon il faut bien donner du dynamisme à ce récit ;) ) Croiser les jambes est signe d'irrespect pour les orthodoxes. Je l'ai appris à mes dépens ! Cette règle est injuste : je suis trop petite moi! Les jambes de naine qui ne touchent pas le sol, imaginez le malaise! -

18h.

Ils sont mariés. ça y est ! Suad, qui m'a tout l'air d'être une meneuse lance un cri de joie (à traduire par un de nos "Atchik atchik aïe aïe aïe" en un peu plus respectable). Puis les mariés repartent, au bras l'un de l'autre, et les témoins et parents derrière. Ils se positionnent tous en ligne juste avant la porte de l'église, et à côté d'une table pleine de chocolat (dans l'église; véridique). Et tout le monde présent vient les saluer et leurs souhaiter "Mabrouk" (c'est à la fois Bonne chance, et Félicitations).

19h. Party time

Petit passage à la maison avant la "party". On y prend un bière, on se repose un peu, les filles se recoiffent. L'ancienne nounou des enfants, maintenant qui aide la maman ( pour le ménage je crois)est devenue membre de la famille. On me prévient "Tu vas voir, elle va danser, du début jusqu'au bout de la nuit" On ne m'a pas menti.

Et l'heure de la soirée arrive. Un mariage à la "Famille indienne" (que ceux qui ne connaissent pas ce film soient lapidés). Du luxe, du grandiose, du faste.

Un salle immense avec une centaine de tables. Pour aller chercher la mariée l'après-midi, il y a une cinquantaine de personnes. A l'église, deux cent. A la soirée, cinq cent et plus ! Le thème de déco: les fleurs. Elles sont partout: sur les tables pendues à des arbres miniatures (peints en blancs), accrochées aux murs, pendues au plafond... Suad m'explique: c'est le signe de l'abondance. Car la femme donne beaucoup au foyer.

A l'entrée, une photo grand format des mariés, des petites bougies scintillent de partout. "Mais qu'est-ce que je fais là??? Je ne connais même pas le nom des mariés !!!".

A table

Je suis assise à la table de Suad et de sa famille. Suad et son époux sont adorables. Ils font attention à m'inclure dans la conversation en m'expliquant en français. Sur la table, des petites coupoles regorgent de mets. Humus, aubergines, petits légumes, olives... "C'est l'apéro".

L'apéro??? On nous ressert cinq fois "l'apéro". Au bout de vingt minutes, un groupe de musiciens s'installent sur la scène, et commencent un hymne joyeux. Tous les invités se regroupent devant la scène pour accueillir les mariés, qui jusque là étaient aux abonnés absents. Et on danse.

"Mais qu'est-ce que je fais là" La question me revient en pleine face quand je me rends compte que non je ne sais pas danser palestiniennement. Mais alors pas du tout.

Cours de danse personnalisé:

Ce n'est pas le bas du corps qu'il faut bouger, c'est le haut : buste, épaules, bras. Les femmes font des moulinets élégants avec leurs mains et leurs bras. En France, ce serait la danse des "d'jeuns", ici, c'est la danse de tous: jeunes et vieux. On applaudit, on chante, on tourne les bras, on fait bouger les épaules. Je m'y suis vite fait (tant pis si je dansais comme un pied). Un instant, je me suis figurée dansant le rock au milieu de la foule. Ce serait comique.

Le repas en fait n'est pas un repas du tout. Les invités se lèvent quand ils veulent pour danser, loin de notre statique dîner de mariage. Un sang de danseur coule dans leurs veines. Et puis, quand on croit que l'apéro était le dîner, on nous apporte un plat. Oups. En plus, on venait de terminer les fruits. Pas très logique tout ça.

La fumée et tout. Famille indienne je vous dis !

Elias , l'ami d'Eva qui m'a permis de venir au mariage !

Kitchy land

Traditions

Touche frenchy. "C'est français, c'est français!" Une pièce montée arrive sur un chariot, et sur un hymne que je mon inculture méconnait mais qui sonnait européen , les mariés coupent le gâteau avec un sabre (carrément). Puis, champagne! Et les voilà à arroser allègrement la pièce montée du précieux liquide. On n'échappe pas à la tradition : ils boivent leurs coupes en croisant leurs bras, et pareil pour la pièce-montée.

Place aux traditions palestiniennes. Toutes les femmes se retrouvent en bas de l'escalier ou est la mariée. Nous portons toutes une bougie. La mariée en a deux, grand format, et elle passe entre les deux rangées de filles.

Puis c'est aux hommes. Ils mettent tous un chapeau traditionnel rouge (à la turque), prennent une canne, et acclament le marié en le portant sur leurs épaules.

Et vous vous en doutez, tout cela se termine en danse général dans une ambiance joyeuse et fraternelle. "Feel like home" m'a t-on dit. Et avec raison.

J'ai passé la nuit chez Suad. Ils m'ont accueillie comme une des leurs. Et j'y ai fait de sympathiques découvertes ... A piece of home !

A très vite ! (ou à très lentement, je ne promets rien !)

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